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Tout a commencé il y a quelques heures, à la Maison de la Presse de Sotteville-lès-Rouen, où je me rends de temps à autres. L'un des deux propriétaires, au moment où je passe à la caisse, lance à son collègue : "Tiens, as-tu vu le dessin de Plantu sur Le Monde de demain?" Ce dernier répondant par la négative, il lui montre le journal. Je pique un exemplaire, le regarde et rigole : finalement, ce teasing m'a fait acheter Le Monde. Vous allez comprendre pourquoi.
A la une du journal, évidemment, la libération des infirmières bulgares emprisonnées depuis huit ans et demi en Libye, dont le cours des existences s'est brusquement précipité ces derniers jours avec la visite conjointe de la commissaire européenne aux affaires extérieures, Benita Ferrero-Waldner, et de la première dame de France - vous en avez forcément entendu parler. Une grande photo de l'avion siglé République Française en couverture, et presque deux pages du journal à ce sujet. C'est une heureuse nouvelle que l'on ne pouvait pas rater.
Un peu plus bas, un article sur le film-événement de la semaine, Les Simpson. Pour l'agrémenter, le traditionnel dessin de Plantu... assez drôle, car il croise en fait ces deux événements diamétralement opposés. Dans ce dessin, Homer est un Mouammar Kadhafi aux dents longues et acérées et Marge, Cécilia Sarkozy, dont la coiffure rappelle l'avion privé affrêté par l'Elysée. Nicolas Sarkozy, en Bart Simpson aux dents encore plus longues et plus acérées, prend la pose à côté des infirmières Lisa et Maggie (multipliées pour qu'on en compte bien cinq), tout en montrant que c'est sa femme qui a permis cette libération. Tout le monde crie victoire : les infirmières, pour leur libération ; le colonel Kadhafi, parce qu'il a obtenu une conséquente somme d'argent de la part de l'Union Européenne ; les Sarkozy, enfin, parce que cette opération renforce leur image : Nicolas se pose en Président dynamique, Cécilia en négociatrice d'un nouveau genre. Mais s'agirait-il d'un simple coup médiatique du couple présidentiel ?
Voilà comment, à partir d'un simple dessin de presse, on peut véhiculer une multitude d'informations : certaines sautent au premier coup d'oeil, d'autres surgissent lorsqu'on s'y attarde un peu plus longtemps. Le rôle des dessinateurs de presse est essentiel : croquer l'actualité pour donner un autre regard sur le monde. Plantu est un maître incontestable en la matière, et je souhaite qu'il continue à nous offrir chaque jour une tranche de bonne humeur dans ce monde de sauvages.
Et vous, que pensez-vous du dessin ci-contre ?

